Ultra FalcoTrail, Espagne

Déçu d’avoir été arrêté sur le seul ultra de l’année que j’avais décidé de courir, l’Ultra Tour du Beaufortain, j’ai cherché dès la fin de l’été une autre course pour 2017. J’ai jeté mon dévolu sur le FalcoTrail, 100km 5000 D+ annoncés, 5 points ITRA.
Nous décollons donc en direction de l’Espagne le 1er décembre, la course démarre le 2 à 6h00.

C’est à l’extérieur qu’on est accueillis pour récupérer notre dossard au petit matin. Peut-être était-ce différent pour ceux qui sont venus la veille (nous sommes arrivés dans notre gîte à 20h30 !), mais pour nous, c’est une table sur laquelle sont entreposés les dossards. Moi qui espérais une salle chauffée… C’est super roots ! Je suis déjà frigorifié – il fait 3 ou 4° et le thermomètre n’excédera pas les 9° au plus « chaud » de la journée –. Collant, t-shirt manches longues, coupe-vent, bonnet, gants.. Une vraie tenue hivernale, bien appréciable à cette époque, même dans le sud de l’Espagne.

A deux minutes du départ, je repositionne mon dossard et en arrache un côté. Je parviens à tout remettre en place au moment même où le départ est donné. Bizarrement, ça ne me stresse pas, je pars très tranquille en faisant un dernier coucou aux parents.

Nous sortons groupés de la ville de Cehegin, et abandonnons pour les 100 prochains kilomètres toute espèce de civilisation.
Les petites lumières s’agitent dans la montagne, c’est toujours aussi sympa à voir. Je dois me situer dans le dernier tiers des coureurs en ce début de course.
Nous dominons rapidement le village du départ éclairé par les lumières de la ville sous un ciel largement étoilé.
Aux premières lueurs du jour, vers 7h30, j’éteins la frontale, je l’économise au maximum sachant qu’il faudra s’en servir de nouveau au soir.

Vers le 12è km, je reconnais au loin mon papa venu au devant de moi pour m’accompagner sur 1km et rejoindre ma maman au croisement d’une route. Je lui dis que tout va bien, lui m’explique qu’il est très difficile de se repérer avec le GPS car, comme je disais plus tôt, il n’y a pas de villages traversés de tout le périple, les seules indications données par l’organisation aux suiveurs sont des latitudes/longitudes pour retrouver les coureurs…
Ma mère me dit qu’ils me retrouveront au 26è km, et ils n’ont pas loin à aller vu que c’est à … 500m de là en voiture ! OK, à toute 🙂

« 15èkm 2h22 sans pression », comme je me plais à écrire sur Facebook où j’envoie une photo à ce moment-là. Je suis effectivement tellement relax que je prends le temps de prendre des photos et de les publier sur le réseau social.

Entre le 20ème et le 22ème plus ou moins, nous sommes descendus dans, ce que j’imaginais être, une rivière asséchée. Très sinueuse, remplie de cailloux, très désagréable au final car difficile à courir.

24èkm, ravitaillement. 3h25 de course.
Le précédent au 12ème km, un peu chiche, se situait à l’extérieur, sur une misérable table de jardin, ce qui ne m’avait pas incité à m’y arrêter plus de 30 secondes… Contraste saisissant ici. Grande salle chauffée, ravito digne de ce nom où je suis frappé par le nombre de choses proposées, et plus encore… Par des sandwichs au Nutella !
Je ne m’y arrête pas aussi longtemps que je l’aurais fait en temps normal, sachant que, 2km plus loin, je vais de nouveau m’arrêter auprès de mes parents. Oui, mais..
Mais.. La réalité est toute autre.

Vers le 25ème km, le balisage parfait jusqu’alors, commence à défaillir. Des gens reviennent sur nous ; le gars avec qui j’étais repère au loin des rubalises pas du tout évidentes à voir, on se retrouve à un petit groupe de 5-6 gars.. 26-27-28km, toujours pas de route, pas de parents, et encore des coureurs égarés devant nous.. Aïe..

Nous en sommes à 30km – 4h10, SOS d’un terrien en détresse, on est une quinzaine à être vraiment perdus cette fois !
Heureusement, un des gars vérifie sur son GSM et nous dit que le bon tracé n’est pas loin, qu’il faut remonter, etc.
Aparté, je n’ai pas expliqué cela… Dans la liste du matériel obligatoire, il faut avoir un smartphone connecté et une application installée « Now Run » sur laquelle un suivi live des coureurs est effectué. Et le plus « drôle » dans l’histoire, c’est que rien du reste du matériel obligatoire n’a été vérifié… Juste ça ! Hum.. Pas du tout sérieux, franchement ! Nous avons donc tous la trace du parcours sur le téléphone et un enregistrement instantané de notre position, ce qui, il faut l’avouer, est très fort ! Il y a également un bouton « SOS » sur cette appli, au cas où (un truc qui aurait pu servir à Dom, assurément). Et, dernière chose, aucun pointage de la course ne sera effectué, tout sera interprété via l’application. Si le GSM tombe en rade, je ne sais pas ce qu’il se passe… Fin de parenthèse.

Bref, je n’ai pas vu mes parents.

Encore 2 « coups de cul » et, après avoir fait une petite vidéo sur un sentier sympa, on arrive au 38è km (42km à ma montre), il est midi. Ca fait 6h que le départ a été donné, moyenne de 7km/h un peu élevée par rapport à ce que j’avais estimé mais je me sens vraiment bien et n’ai pas l’impression d’être dans le rouge.
A cet endroit-là, je décide de me poser plus sérieusement.

Le ravitaillement est posé là, encore au milieu de nulle part. Heureusement, au soleil. N’empêche, il fait toujours aussi froid, le vent est glacial, la température ressentie doit être proche du 0.

Bilan jusque là ; quelques passages techniques superbes, de longues portions de chemins roulants barbantes. Plutôt positif néanmoins.

La suite des hostilités indique qu’il y aura 7km plutôt plats, ravito,  4km d’ascension pour atteindre le point culminant et 10km cools en descente jusqu’au prochain ravitaillement.
Essentiellement des traversées de champs d’oliviers sur ces 7km plats vite avalés, en compagnie d’un gars derrière lequel je reste, son allure me convenant à merveille.

Au 45ème km, j’ingurgite 1 ou 2 compotes, quelques quartiers d’orange. On repassera ici-même 14km plus tard. Et d’ailleurs, 2 gars arrivent en même temps que moi ici en déboulant d’un autre chemin, ils ont donc 14km d’avance sur moi ! Gloups…
Je rencontre un certain Thomas, Français, à qui je parle ; ça fait du bien car ne connaissant pas un traître mot d’Espagnol, la communication est difficile avec 99% des gens.

Les 600m de dénivelé sur les 4km d’ascension sont expédiés plus vite que de raison, je me fais même la réflexion que je n’ai pas compris où se situaient ces 600m… L’avenir me montrera l’inexactitude de la topographie papier donnée par l’organisation, et si, dans ce cas, cela est facile à accepter, plus loin, dans le cas inverse, ce sera beaucoup moins marrant :/

49ème km, 10km de descente jusqu’au 59ème. Super !
Ce qui est moins super, par contre, c’est le chemin emprunté. Un chemin large, roulant, totalement dénué d’intérêt, sauf sans doute pour des 4×4.
Bonne surprise au 59, mes parents sont là. J’avoue que ça fait plaisir surtout que ce n’était pas prévu ; je n’ai qu’à m’asseoir et mes parents m’amènent les victuailles. Service 5*.

Thomas qui m’avait doublé dans la dernière montée prend plus de temps que moi au ravitaillement, je repars devant lui.. Il me doublera plus loin, et je le dépasserai finalement peu de temps avant les 68km. C’est aussi là que j’ai gueulé sur 2 Espagnols qui n’ont rien trouvé de mieux à faire que de couper le chemin. Sauf que moi cette épingle à cheveu, je l’ai effectuée entièrement et, même si ce n’est qu’une histoire de 100m, je n’ai pas du tout apprécié la plaisanterie. Bien entendu, son « que pasa man ? » a été la dernière chose qui a résonné dans le bois, ne pouvant pas m’exprimer facilement face à ces 2 énergumènes Espagnols.

68ème km en un peu moins de 10h. Mon papa est de nouveau venu au devant de moi et on termine ensemble au même endroit que le « fameux » ravito gargantuesque du matin. Je demande immédiatement à ma maman le sandwich au Nutella qui était déjà bien passé le matin, et je me change quasi intégralement. Non, le strip-tease total n’a pas eu lieu… Je profite même des secours pour me faire soigner une ampoule (une cloche pour les plus Belges d’entre vous. D’ailleurs, ça semble du vite fait les études d’infirmier en Espagne : un pansement, une bande autour. Rien d’autre. lol)

Lorsque je repars d’ici, changé et rassasié, ce sont 6km de montée, et 6 de descente avant le stop au 80ème km. Mes parents me disent qu’ils seront là.
L’essentiel de la montée se déroule là encore sur une large piste ennuyeuse, à la seule différence ici que c’est la fin de journée, le soleil couchant, et que c’est tout de même super beau !
Vu l’heure et l’allure actuelles, je me dis que je peux rallier le prochain ravito sans allumer la loupiote. J’attaque donc la descente, tambour battant, et retrouve mes parents vers le 78ème km, ils m’expliquent que ce n’était pas possible d’aller au 80ème, et moi, ce qui m’ennuie, c’est de m’arrêter là alors que je sais que je m’arrête de nouveau 2km plus loin.

Je les vois donc expressément et continue ma descente jusqu’au 80ème km. Ca, c’était ce qui était convenu sur le plan. Plan qui montrait bien que du 74ème au 80ème, ça descendait continuellement.
Pourquoi alors, cette montée, horrible montée, très abrupte ? Je m’interroge, ne comprends pas, aurais-je dépassé le 80ème km et cette montée serait celle juste après le ravitaillement ? Mais non, impossible de l’avoir manqué ??? Je me pose beaucoup trop de questions et la descente aussi raide que la montée me rappelle à l’ordre et m’impose de me concentrer car c’est très technique, d’autant plus que maintenant, on y est, c’est la nuit.

Une table posée là, dans la forêt, de nouveau au milieu de nulle part, je ne suis pas vaillant quand je m’avance pour poser en Anglais ma question dont la réponse tombe comme un couperet.. On est bien SEULEMENT au 80ème km. Arghhh, mais c’était quoi cette montée de débile pas du tout renseignée sur la carte les gars ??!!
Je retrouve alors Thomas ; pour lui c’est encore pire, il croyait qu’on était au 88ème lol. J’imagine le choc.
Une fois de plus, pas moyen de trop s’attarder dans ces conditions, il fait froid, et il n’y a rien pour s’asseoir.

La suite va être très cahotique, j’ai rarement vu quelque chose de si technique en si peu de kilomètres, et surtout, situé à ce moment de la course. C’en est même un peu « con » et surtout dangereux de faire passer les gens sur cette section, alors que la plupart d’entre nous y passera de nuit.
Bref, il faut y aller, à aucun moment je ne songe à m’arrêter même si les 8 prochains kilomètres s’effectueront en 2h30 (!!!).

Que retrouvons-nous sur ces 8km ?
– Des montées, très grosses montées, corsées voire quasi impraticables (je me souviendrai longtemps ce passage de peut-être 300 ou 400m dans de la petite rocaille où quand tu te démènes pour faire 2 pas, tu glisses et en refais un en arrière, horrible… J’ai juré tous les diables),
– Des descentes impossibles à courir, mortelles pour les chevilles et les articulations qui achèvent nos cuisses,
– Beaucoup de hors-pistes, et de « tout droit » dans la végétation,
– Pour finir, des passages aériens sur les crêtes exposées aux forts vents, avec par endroits des cordes pour tenter de rejoindre un sentier plus bas.
En résumé, une très grosse galère, fatigante et dangereuse. Sur 500m, j’ai pu courir, comme je me dis à cet instant « ça fait mal aux jambes, mais ça fait du bien au moral »… Mais ce n’était que 500m.

88ème km, c’est le dernier ravitaillement du jour, dans la pampa là aussi, je n’ose plus trop me fier à la carte mais je m’élance pour ces derniers 14km, oui car c’est 102km prévus en fait.
Dans une moindre mesure, on retrouve quelques sentiers techniques et difficiles. Dans l’ensemble, et avec l’euphorie de savoir que c’est bientôt terminé également, cette dernière partie se passe plutôt bien alors que l’on surplombe de nouveau, comme au matin, la ville de Cehegin.
Je double un dernier concurrent que j’avais aidé quelques heures plus tôt à changer ses piles de frontale et je termine ce dernier kilomètre à bloc (enfin à 10km/h quoi).

Finish de ces 102km en 17h35 (barrière horaire fixée à 21h de course). 105km à ma montre.
Classement 65/environ 200 (selon l’organisateur). 129 arrivés dans les temps.

Une pauvre médaille en guise de « cadeau finisher », un tout aussi misérable sandwich en guise de « repas d’après-course »… Euh les gars, on se moque de qui ici ??
Dernières déconvenues de la journée qui me fait dire que je déconseille complètement cette course à quiconque. Et cette course est partenaire ITRA… Comme quoi, c’est loin d’être un gage de confiance.

Une réponse à “Ultra FalcoTrail, Espagne”

  1. Très beau récit, comme d’habitude…..on y était……mais oui, on y était vraiment avec toi. Encore désolés de n’avoir pas été plus à la hauteur et avoir manqués plusieurs points (ce n’est pas faute d’avoir essayé….!!!!). Le principal, tu l’as fini, et brillamment, encore un très grand BRAVO

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