Restonica Trail 2015, par Ann

Ce n’est pas dans mes habitudes, mais à la demande insistante de Stany ;-), voici mon compte rendu du Restonica Trail.

Pourquoi le Restonica Trail (RT) ? En cherchant dans mes souvenirs, je pense que l’idée m’est venue en parcourant le sentier de la Transhumance avec Seb en 2013. Nous avions quitté ce sentier pour revenir sur Corte, via le refuge A Sega. Et c’est là que nous avions vu les affiches promotionnelles du RT. De plus, nous adorons la Corse, c’est la 5e fois cette année que nous y revenons. C’est aussi là que Seb m’a demandée en mariage il y a dix ans ! Une île toute spéciale pour nous, donc.

Quelques semaines avant le trail, Stany me dira que cela ne le dérange pas de courir avec moi. Un énorme soulagement, car j’ai peur d’affronter seule autant de kilomètres en montagne.

Arrivés à Corte du jeudi, nous sommes accablés par la chaleur, et espérons qu’il en ira autrement une fois là-haut dans la montagne. La température ne descend pas beaucoup la nuit, il nous est difficile de dormir sans clim’. De plus, comble de malchance, notre chambre se trouve juste au-dessus d’un bar à vins ! Autant dire que je n’ai pas beaucoup fermé l’œil les deux nuits précédant le trail …

La veille, nous allons accueillir le premier de l’Ultra Trail di Corsica, dont la moyenne horaire nous fera tout de même un peu peur. Il mettra en effet 19h45 pour boucler les 110 km, c’est énorme et laisse entrevoir la difficulté du truc … Ensuite, préparation du sac, préparation très minutieuse d’ailleurs en comparaison avec Stany, qui poussera le bouchon assez loin en mettant une lampe frontale sans pile dans son sac. Par rapport à la rigueur que j’y mets, il y a de quoi sourire ! Mais lui est un pro, moi, une novice … Je me rendrai compte aussi par la suite que je prends beaucoup trop de nourriture avec, alors que les ravitos sont bien fournis. Un point à retenir pour la suite. Mais il est vrai que je suis un véritable estomac sur pattes quand je cours … Et si j’ai faim, je n’avance plus !

Lever à 4 heures, on déjeune, sans faire de bruit, et c’est parti ! Le départ se situe à 200 mètres à peine de l’endroit où on loge, pratique.

Je me place d’emblée dans le fond du peloton, un peu trop au goût de Stany d’ailleurs, qui me demande si je ne veux pas qu’on aille tout au bout … Mais je tiens à ne pas répéter l’erreur commise au Xtrail Courchevel l’année précédente, où j’étais partie trop vite et l’avais payé cher par la suite. Prudence cette fois-ci, donc.

C’est parti. Prudemment. Les serre-files ne sont pas loin. Qu’importe, le but est d’arriver au bout. Et puis, rien ne sert de partir à toute berzingue, 70 km, c’est long ! La première difficulté est derrière nous (1300 m de dénivelé), je remplis ma poche à eau au ravito, car j’ai peur d’arriver à court d’eau à un moment ou un autre, vu la chaleur. En fait, je remplirai mon camel bag à chaque ravito.

Nous partons ensuite sur une piste forestière sympathique, où Stany calme mes ardeurs. Autant garder de l’énergie pour la suite, et il a raison. Au ravito suivant, nous nous faisons dépasser par les 3 premiers du Tavignanu Trail (sur lequel se sont aussi engagés Julie et Olivier, des copains traileurs belges). Le premier n’est autre que Guillaume Perreti, détenteur du record du GR20 ( !), et le deuxième Thomas Angelli, en catégorie espoir, et d’ailleurs grand espoir du trail tout court! Ils courent la descente vers le refuge A sega comme des cabris, que c’est beau à voir. Et c’est là que tu te dis que c’est trop injuste … 😉 Nous descendons donc tout bonnement vers A Sega, Stany parfois un peu devant (il s’éclate notre chamois !). C’est là que se trouve la bifurcation, à gauche pour le 33, à droite pour le 70. Et c’est là que je dirai à Stany, si on faisait semblant de se tromper et on prenait à gauche … Faut bien passer le temps en racontant des vannes, 70 km, c’est long.

Une longue ascension nous attend. C’est dans celle-ci que nous commençons à récupérer des traileurs déjà au bout de leur vie, assis, le regard dans le vide, certainement partis trop vite … On leur demande quand même si tout va bien, et on continue notre route. Beaucoup de gens sont à court d’eau. Il est vrai que le ravito d’A sega a été avancé au 13,5 km, et que 15 km nous attendent sans point de ravito entre deux. Nous arrivons à un rythme régulier au ravito de Nino, où quelques traileurs abandonnent (plutôt des jeunes de 25 ans, peut-être n’ont-ils pas encore le mental pour affronter une telle épreuve). Nous prenons bien notre temps, tandis que les bénévoles s’affairent autour de nous, se proposant de remplir noter poche à eau à notre place ! Quelle serviabilité, nous n’avons jamais rien vu de tel. Quel sens de l’accueil.

Nous sommes confiants, tout va bien. Et nous repartons. Je sens déjà quelques petits échauffements, mais n’y prête pas attention (à tort …). Le « juge de paix » de la course se profile, le Bocca alle Porte. Je l’avais déjà gravi lorsque nous avions fait le GR20, et me souvenais d’une ascension à même les rochers. C’est tout à fait ça. Nous crapahutons dans les rochers, et y laissons beaucoup d’énergie. C’est long, interminable, mais nous y voilà enfin, avec en récompense une magnifique vue sur les lacs de Capitellu et de Melu. Splendide. Nous ne nous attardons pas, le chemin est encore long. La bénévole au col (bocca en corse) nous dit que la descente est technique dans un premier temps, et puis que c’est roulant. C’est ça, ouais ! Ce sera technique de A à Z, avec des cailloux, des cailloux et encore des cailloux. Impossible de dérouler. Je me prendrai un gros caillou sur la cheville, qui mettra d’ailleurs 3 jours à dégonfler … Nous arrivons enfin à Grotelle, avec le moral carrément dans les chaussettes… La femme d’un traileur (au bout de sa vie) nous dit que nous avons fait le plus dur, et qu’il reste encore une grosse difficulté vers le plateau d’Alzu, et puis que ce n’est que de la descente vers Corte. Cela s’avèrera exact, mais quand on a les deux pieds qui vous font souffrir le martyr, ça prend tout de suite une autre dimension … J’aurai d’ailleurs dû soigner mes pieds à Grotelle, mais ne voulais pas traîner. Fatale erreur …

Nous quittons Grotelle en longeant la Restonica, c’est un chemin sympa, avec des pins Laricio partout, très chouette. C’est là que nous faisons la connaissance du boulet (voir CR de Stany) qui fera un bout de chemin avec nous … ;-).

La montée du plateau d’Alzu se profile. Nous décidons d’emprunter les lacets, pour y laisser moins de plumes. Nous remontons pas mal de traileurs épuisés. C’est dur, mais tout se passe bien. Nous arrivons (mes pieds me font déjà souffrir) au ravito d’Alzu, où nous sommes encore accueillis comme des rois. Juste avant d’arriver, un gars, qui titube (mais je n’y prête pas attention, on est tous assez fatigués), finira par s’effondrer. Malaise. On se dit que ça pourrait être n’importe qui d’entre nous. Heureusement, il est vite pris en charge. On ne s’attarde pas. On nous dit qu’il nous reste 2 heures. J’y rajoute une demi-heure, vu mes pieds en compote. En fait, j’aurai dû tout de suite ajouter carrément une heure. La descente sera une véritable torture. Tous les traileurs que nous avions dépassés dans la montée du plateau d’Alzu nous redépassent. Je tente vaille que vaille de relancer, mais j’ai trop mal aux pieds, une pointe de sanglots dans la voix. Je m’en veux d’infliger ça à Stany, mais je n’arrive pas à faire mieux.

L’arrivée est juste magique. Les personnes attablées aux terrasses des restos et des bars nous acclament, c’est la folie ! Quel beau souvenir. Je demande à mes enfants de passer la ligne d’arrivée avec moi (Rémi ne veut pas, bien sûr …). C’est donc en tenant la main d’Eline et de Stany que je franchis la ligne d’arrivée, en me disant plus jamais (mais c’est déjà oublié, sont déjà programmés deux beaux trails en 2016 ;-)). Encore merci à Stany d’avoir partagé cette course avec moi, c’est bien plus facile à deux. MERCI !!

A retenir : des bénévoles au top, juste formidables, des paysages époustouflants, un trail exigeant. Maintenant, à oublier si on n’aime pas la caillasse…

Erreurs à ne pas commettre : partir trop vite, ne pas prendre soin de ses fragiles petits pieds

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