Marathon du Mont-Blanc 2010

Ici Chamonix, température extérieure 25°C, tout le monde descend.

Arrivés 2 jours avant la course, nous nous installons dans nos pénates, résidence Maeva, à Chamonix, le vendredi 26 juin 2010. Après avoir englouti le premier plat de pâtes du week-end… Et il y en aura d’autres…

La chambrée est composée de Fabrice (Drekki), Jérôme (Jay), Olivier (Land) et moi-même. Le balcon de celle-ci nous permet d’admirer le Mont-Blanc et l’Aiguille du Midi, entre autres.

Problèmes d’intendance réglés, nous décidons de partir courir tranquillement 45min sur les bords de l’Arve.

Samedi 27 juin ; au programme running de cette journée, « mini-courses » pour les enfants, 10kms, et cross du Mont-Blanc (23kms). Avec Olivier, nous allons voir le départ du 10kms, puis nous attendons (et ce n’est pas bien long 34min) les premiers arrivants de cette course.

L’après-midi, nous montons à Plan Praz, sur le site de l’arrivée pour reconnaître cette fameuse fin de parcours réputée ardue. En effet…

On en profite pour se balader un peu là-haut, s’éclater sur un névé, etc.

Redescente sur Cham. par le même télécabine qui nous avait emmené à Plan Praz. Je parviens à me dépétrer de mes galères avec Twitter, je pourrai donc faire, tout comme Jay, un suivi live de la course sur kikourou, grâce à mon téléphone. C’est beau la technologie !

A 19h, nous rejoignons le centre UCPA pour la Pasta Party (ndlr, depuis vendredi midi, ce sera le 4ème plat de pâtes). Ambiance décontract’, bonne bouffe, tout est parfait !

On ne s’attarde pas trop à la pasta, il faut préparer notre équipement pour demain, et nous coucher tôt. Sur fond sonore footballistique, chacun dans son coin prépare méticuleusement tout le nécessaire pour faire de demain un GRAND jour. Car pour nous tous, c’est une grande première dans les Alpes.

GHANA – USA, 1-1 à la fin du temps réglementaire, tant pis, on ne verra pas la fin du match. On se couche donc vers 22h30 après avoir réglé 2 ou 3 réveils à 5h du mat’

Dimanche 28 juin ; D-DAY !

Comme à mon habitude, je suis réveillé avant que ne sonne le réveil. Il est 4h50, c’est parti pour une longue journée. Petit-déj’ tranquille où nous nous réveillons timidement. Viennent ensuite les derniers réglages de sacs, de poches à eau (Olivier nous inonde l’appart’), l’habillage, l’application des crèmes anti-frottements/brûlures – tout ceci dans un silence de mort par moment -, et nous partons rejoindre le lieu du départ à 6h30.

Sur place, j’abandonne mes colocs puis pars retrouver les gars de mon club. Bruno et Christophe sont là, placés juste sous la ligne. Nos objectifs sont sensiblement différents, – de 7h pour Bruno et moi, 4h40 pour Christophe lol

L’heure H approche, le speaker donne les dernières recommandations, les quelques 1900 coureurs s’amassent sur l’aire de départ. Dawa Sherpa (un trailer réputé mais loin d’avoir la grosse tête et restant très accessible. Cf. photo ci-dessous, le monsieur en vert fluo !) est à 3m de moi, je le sens détendu. Je le suis aussi, no stress, tout va bien se passer !

PAN !! S’il y avait encore des touristes endormis à 7h du matin, là c’est sûr, ils sont réveillés par les applaudissements et encouragements des spectateurs venus en nombre. C’est réellement impressionnant, et motivant !

Comme je m’y attendais, et puisque j’étais placé aux avant-postes, je ne cesse de me faire doubler, mais je reste sur mon allure tranquille, la course est longue, je veux absolument gérer au mieux mon effort et ne pas me griller dès le départ. Bruno me distance déjà, je ne le suis pas.

On sort rapidement de la ville, continuons dans la forêt, le temps est franchement agréable à cette heure-là.

Les premières bosses arrivent alors, je rejoins après 5kms Bruno, que je dépasse non sans l’avoir encouragé. A ce moment-là, et en connaissant le gaillard, je comprends que ça va pas fort.

Nous parvenons à Argentière où c’est la clameur du public, comme dans chaque village traversé, qui nous accueille chaleureusement. C’est aussi là que le premier ravitaillement, très soft, car seulement composé de liquide, nous attend. Je ne m’y attarde pas.

A Vallorcine, 8kms plus loin, et alors que je vois se profiler la grosse difficulté de l’épreuve, je m’arrête franchement. Je remplis la poche à eau, m’alimente sommairement d’un sucre, et d’une demie-barre de céréales, quelques quartiers d’orange… et je bois du coca. Ce foutu £*%¤#~!% de coca. Mais j’y reviendrai plus tard…

Je sors les bâtons du sac, ils vont bien me servir dans cette ascension qui démarre de suite, dans une pente très raide où les coureurs s’amoncellent, à la queue leu leu.

Cette ascension passe comme une lettre à la Poste, je me paye même le luxe de discuter avec un Suisse qui parle tantôt Français, tantôt Anglais, on se comprend, c’est le principal. Aussi, je double un Anglais qui a planté le drapeau de son pays dans son sac à dos. Peu de temps avant le ravito du Col des Posettes, l’hélico et son caméraman nous passent juste au-dessus. Vivement la vidéo !

A ce ravitaillement, et aussi parce que je pensais en avoir terminé de cette montée, je m’arrête là encore quelques minutes décontenancé par le paysage d’une part, mais aussi par le fait que le sommet n’est pas atteint ; un serpentin de coureurs se profile derrière ce ravito, sur une trace qui semble franchement raide… Je reprends un peu de £*%¤#~!% de coca, et ça enchaîne dans cette mono-trace vraiment difficile.

Aiguillette des Posettes, je ne suis pas là pour faire du tourisme mais je prends le temps de m’arrêter, je prends une photo du panneau (cf. fin du billet), me pose un instant, envoie plusieurs messages sur Facebook et Twitter/Kikourou, avant d’attaquer la descente que j’appréhende bien plus que je n’appréhendais la montée. Aussi, je ne comprends pas trop ce qui se passe dans mon estomac, mais il me tiraille depuis une vingtaine de minutes, alors que je n’ai jamais de problèmes de ce côté-là. Pas cool surtout que tout le reste est OK. Souffle bon, jambes niquel… Vraiment pas cool.

La descente est très technique, il y a beaucoup de regroupements, et de fait, une personne un peu plus lente dans la descente, bloque beaucoup de monde derrière. A un moment, je m’énerve, et décide de couper à un endroit qui me semblait praticable. Oui il l’était mais clairement je m’en suis voulu après d’avoir fait ça, car certes, j’ai doublé d’un coup 4 gars, mais j’ai aussi manqué de laisser mes chevilles sur un rocher. Plus de peur que de mal, c’est passé. Là encore les bâtons servent bien…

Nous retombons dans les bois puis arrivons dans « Le Tour ». Encore 60 places de perdues depuis le précédent point de contrôle. Lorsque je regarde mes temps de passage, et mes classements respectifs, je ne comprends pas comment je peux perdre autant de places, tout au long du parcours. Mais bon, passons.

A ce moment-là, je suis vraiment moins bien. A plusieurs coureurs arrêtés à une fontaine pour se rafraîchir – oui, car je ne l’ai pas encore précisé, il commence à faire sérieusement chaud !- je demande si le ravitaillement est encore loin. L’un d’entre eux me répond « ouais ouais, 500m » (je ne sais pas pourquoi je fais confiance à ce point aux gens, ce n’est pas la première fois que ça m’arrive en plus… Car le ravitaillement est en fait 3kms plus loin.)

Là vraiment c’est difficile pour moi, j’ai mal au bide et je veux m’arrêter, mais je préfère attendre un ravito.

La traversée du village s’effectue au ralenti, je tends la main vers 3 enfants pour qu’ils me la tapent, ils ne comprennent pas de suite, puis me courent finalement derrière, tout heureux de taper dans la main d’un coureur. Ca me met du baume au coeur.

Le ravitaillement n’est plus qu’à 800m, c’est un spectateur qui me le dit, et je lui fais confiance !

Enfin. Le voilà.

Tré-le-Champ, 30kms. Christophe est là, il a abandonné après s’être abîmé le genou dans la descente des Posettes 🙁 Et il m’encourage. Je me pose, je bois correctement, le coca est là encore, à me faire de l’oeil, et il donne tellement envie le salopiaud.. Tout ce sucre, j’en ai bien besoin. Je ne mange quasi rien encore.

Je repars, m’arrête, puis repars, puis m’arrête encore, j’ai l’impression d’être complètement dans le vague avec ce ventre qui ne cesse de me torturer.

Plus loin, les gendarmes ont coupé la route, pour nous laisser approcher de ce qui sera pour moi, et pour beaucoup, LE calvaire… la montée vers la Flégère (et ça rime en plus, était-ce prédestiné ?).

Les 6kms les plus horribles de la course.

Bas de la côte, la Flégère est annoncée à 2h15 (en randonnée). Je regarde ma montre, 4h12 de course (alors que le premier est arrivé depuis 15min lol). Je file sur les chemins à une allure que j’estime correcte, nouveau panneau : « Flégère 1h45 ». Ma montre indique 4h32. J’ai donc fait en 20min ce qu’ils prévoyaient en 30min. Ca ne me rassure pas du tout car après de rapides calculs (très complexes il faut dire), j’estime que j’en ai encore pour 1h10 de montée. Gluups… 1h10 de montée, avec l’estomac en vrac comme ça, ça va être trèèès long.

Je suis une nana depuis un moment, je la double même, et puis, dans une partie où ça montait encore plus fort qu’auparavant, je m’arrête, complètement meurtri par mon ventre. Des wagons de coureurs me dépassent, certains (peu d’ailleurs) me demandent si ça va. « Ouais, ouais, on fait aller.. »

J’essaie de me faire vomir, je n’en peux plus et je pense que c’est la solution la meilleure. Je n’y arrive pas, je me relève, mes fidèles bâtons en avant… puis c’est à nouveau l’arrêt au bout de 3 ou 4 lacets. Idem, un nombre fou de gens me doublent, ça me mine mais là je peux vraiment plus. Vomir or not vomir ? Ca marche toujours pas 🙁

Les « cadavres » (façon de parler hein ^^) commencent à s’agglutiner autour de moi, cette montée est terrible. On voit la fin du bois se profiler, ensuite, c’est plein cagnard, et grosse montée raide pour finir. Je m’arrête donc à cette lisière de forêt, à l’ombre, avant de relancer la machine. Finalement, en allant à mon rythme (c-a-d très doucement), et sans essayer de suivre mes prédécesseurs, je monte sans m’arrêter jusqu’au ravitaillement de la Flégère. Pfiouuu quelle sinécure.La Flégère.Oranges, oranges, encore des oranges, de la boisson énergétique, je vais m’installer 2 min dans le bar sur un banc, à l’ombre, et au calme. Ca fait du bien. Une lueur de lucidité intervient… « Et si je ne prenais pas de coca ? »… Ce que je fais.Je me remets en route après le ravito, et, au bout de 10m, je vois de splendides tables de massages, elles n’attendaient que moi, je m’arrête, et finalement me dis que c’est trop bête de perdre du temps ici alors qu’il ne reste que 5kms.

5kms d’ailleurs c’est quoi ? Que dalle.

Et à partir de là, plus de mal à l’estomac, patate d’enfer… Je remets les gaz et plutôt correctement même.

Ca roule bien, des coureurs me doublent mais moi aussi j’en double pas mal. Nous entendons depuis belle lurette le speaker situé sur la ligne d’arrivée, c’est motivant, on y est presque.

Une grosse partie descendante s’annonce, les gars passent dans le chemin principal, sur les cailloux, moi je suis plus à mon aise dans l’herbe sur le côté. Et j’en double pas mal à cet instant.

L’ascension finale vers l’arrivée se dessine, j’ai une pêche incompréhensible, les bâtons m’aident bien là encore, et je double tous mes prédécesseurs, et avec la manière encore ! Genre, je les laisse sur place quoi lol

Bizarre cette fraîcheur au bout de 40 bornes.

Enfin, je l’attendais depuis un petit moment déjà, voici Dominique (Astro) qui nous attend tous et va nous accompagner quelques instants sur le parcours. Il discute un peu avec moi, je lui dis que je suis vraiment bien là, et après ma discussion se limite à des « oui », « non » car tout de même, ça grimpe, et j’ai le souffle un peu court.

Beaucoup, beaucoup de monde sur le site de l’arrivée, j’ai l’impression de vivre une ascension du Tour de France, c’est dingue. Les « Allez Stany » fusent de toutes parts (nos prénoms sont inscrits sur les dossards). Je fais la grimace lorsque je constate que l’arrivée est plus loin que je ne l’imaginais, mais ça va aller quand même, 2 derniers raidillons avalés, je passe la ligne en courant.

Finish en 6h40m30. Bruno s’en sort bien lui aussi et objectif atteint : 6h54.

Olivier, 7h23

Philippe, le président de mon club, et Bob : 8h23

Fabrice, 8h45 après avoir flirté avec les barrières horaires.

Jérôme s’est malheureusement fait arrêter par la dernière barrière horaire, à la Flégère, à 5min. Rageant, et déçu pour lui. Mais il aura sa revanche !

Bravo à eux également 🙂 Et à tous les coureurs de cette magnifique journée.

Podium scratch :

1. Nicolas Pianet

2. David Pasquio

3. Charles Dubouloz (un espoir ! on va réentendre parler de lui…)

Je remercie aussi toutes les personnes qui m’ont envoyé des messages d’encouragement, ça fait super plaisir !

Tableau des passages
Pts Heure pass. Tps course Classement
Argentière (10,3kms – 353D+)
Vallorcine (18,21kms – 608D+) D-08:49 01:49:15 303
Col des Posettes (22,86kms – 1349D+) D-09:46 02:46:54 341
Le Tour (28,29kms – 1553D+) D-10:41 03:41:24 404
Tré-le-Champ (31,15kms – 1590D+)
La Flégère (36,94kms – 2112D+) D-12:43 05:43:08 647
Planpraz Arrivée (42,20kms – 2511D+) D-13:40 06:40:34 639

5 réponses à “Marathon du Mont-Blanc 2010”

  1. BRAVO encore une fois, fiston. Tu as de la volonté et du courage et c’est important dans la vie.
    Ton récit est SUPER, comme d’habitude.
    Bisous

  2. Je te félicite de nouveau et je pense que je te féliciterai encore!

    Hormis tes soucis d’estomac tu as pu, contrairement à l’Origole, réaliser ce challenge sans pépins physiques. Belle revanche car je suis convaincue qu’il n’y a rien de plus frustrant que de devoir s’arrêter alors qu’on a les capacités et le mental pour y arriver.

    Je te souhaite de briller autant à Courchevel, tu le mérites!

    Bises 😉

  3. bravo stan !!
    ton billet est super intéressant à lire, on sent l’intensité et la difficulté grimpante de ce style de course.
    keep it up !

    ~ patrice le québécois

  4. Il n’est pas trop tard pour te féliciter de ta performance ne plus jamais toucher au coca pendant les courses car petits dérangements qui peuvent anéantir toutes les volontés que l on peut avoir pour finir une course.Encore une fois bravooooooooooooooooooooooooooo

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