La Bouillonnante 2012

Cela fait 2 années de suite que je ne peux participer à cette course réputée en Belgique.
Cette fois, je n’y couperais pas ! Bien ou pas, tout ce que je sais, c’est que j’ai souffert sur le « Grand Trail ». 53kms annoncés avec 2400m D+ … Une telle course en Belgique, ça ne se manque pas !

Direction donc la ville de Bouillon par un beau matin d’Avril, égal à tous les précédents matins de la semaine, c’est-à-dire gris et pluvieux. Il est 5h30. Mon père termine sa nuit dans la voiture tandis que j’assure le trajet aller. Nous entrons dans bouillon 2h plus tard et trouvons facilement à nous garer. Les dossards vite récupérés, j’ai 1h d’avance sur le départ de la course, no stress.

8h30, je m’engouffre dans le tunnel nous menant au lieu de départ des différentes courses, la place centrale de ce magnifique château fort . Il pleuviote. Le speaker tarde à se faire entendre pour donner les dernières recommandations, puis le départ est enfin donné.

Cédric  m’avait bien prévenu de partir rapidement pour ne pas être coincé dès les premiers sentiers. Je l’écoute sans retenue et parviens à m’extraire du tunnel aisément alors que 300 personnes sont encore derrière moi. Nous sommes 405 à nous élancer dans cette galère !
Je croise mon père qui m’encourage copieusement, puis Christophe un peu plus loin, qui, lui, s’est inscrit sur le 19kms à la dernière minute et où il ne va pas faire pâle figure puisqu’il termine à la 7ème place ! Respect 🙂

Déjà 2kms de parcourus et je rejoins Cédric ; comme au Trail du Val d’Heure, je lui emboîte le pas et nous faisons un petit bout de chemin ensemble, nous empruntons notamment dans les premiers kilomètres de la course un single-track très sympa sur les hauteurs de Bouillon, avant de plonger rapidement vers le premier ravitaillement où je m’arrêterais quelques instants afin de prendre un peu de nourriture en poche pour la suite des événements.
Cédric n’est pas loin derrière, je ne m’inquiète pas pour lui, il finira par me rattraper, gérant sans doute mieux son effort que moi.
Les difficultés s’enchaînent aisément, je suis plutôt en forme je crois, et les mots de cette petite fille, au ravitaillement, que j’ai entendue dire que j’étais 49ème, résonnent constamment dans ma tête. Je ne peux m’empêcher de tenir d’hypothétiques comptes. J’oscille donc entre la 46ème et la 52ème place, ça me prend la tête, mais ça me prend la tête.. J’aurais préféré ne pas l’entendre 🙁

Entre le premier ravitaillement et le second, c’est une section très roulante qui se profile, c’en est même lassant, ce que je ne manque pas de dire aux 2 compagnons de course avec qui je cours depuis un bon moment ; l’un d’eux doit d’ailleurs être flamand car il ne parle pas lol. L’autre est sympa !
Nous plongeons finalement sur Mouzaive… La descente est réellement abrupte, j’adore.
Second ravitaillement. 27kms. Nous avons donc dépassé la moitié, et j’en suis à 2h47 de course plutôt satisfait. Les 6h30 voire 6h espérés sont jouables…

Le gars du ravito me prévient que c’est à partir d’ici que les choses sérieuses commencent.
Et pour commencer ça grimpe de façon sévère juste après le ravitaillement, je double encore 2-3 personnes dont une femme, tandis que d’autres me dépassent à leur tour.. Et mes savants calculs trottent toujours dans la tête… 46ème, 45ème, 48ème.. Grrr

32ème km environ, revoici l’ami Cédric qui déboule et continue son bonhomme de chemin; pour moi, à cet instant, c’est bien simple, je ne le reverrai plus ! Et puis, finalement, quelques kilomètres plus loin, alors que je le vois marcher sur une portion plate, je reviens à sa hauteur où il m’avoue qu’il a un coup de pompe. On est au 36ème km, moi pour le coup, je suis encore pas trop mal et je continue dans la foulée de 2 Flamands qui ne payent pas de mine avec leur équipement d’un autre âge, mais qui avancent bien. Ils me lâchent à plusieurs reprises d’ailleurs, mais je les rejoins inexorablement à chaque descente.

Ces 2 coureurs dont l’un d’eux s’arrête pour une grosse commission (il est très mal caché, on ne voit que lui, accroupi dans cette forêt !) me laissent une nouvelle fois passer.. (calculs, calculs.. 44ème).. Je me retrouve donc seul non sans avoir remarqué que derrière moi, à quelques hectomètres, une poignée de traileurs revient fort.
Je m’engage donc sur le chemin, qui descend, descend.. Au passage, mon estomac fait des siennes, je me retiens pour ne pas m’arrêter dans cette longue descente.. Il n’y a plus de rubalises depuis un petit temps, mais il y a sur les arbres des peintures blanches et rouges qui rappellent le marquage que l’on suit depuis le départ. Je ne suis pas rassuré d’autant que je ne vois plus personne derrière moi. Ca ne présage rien de bon en fait. J’arrive au bout du chemin, je traverse plusieurs ruisseaux, j’ai les pieds trempés, et la bifurcation qui se présente devant moi n’a définitivement plus aucun balisage.
MORAL = -10
Je suis en-dessous de tout. Je me rends compte que je viens de faire une belle boulette, et je n’ai pas d’autre choix que de faire demi-tour. Au moins, l’avantage, c’est que je n’aurais plus à tenir des comptes sur mon potentiel classement !
Je peste et m’en veux terriblement d’autant que je suis beaucoup descendu et la perspective de remonter tout ce chemin me mine au plus haut point. Je suis dans une « vallée » encaissée, le parcours est donc soit là-haut à gauche, soit là-haut à droite. Je me dis que dès que je vois quelqu’un, je coupe, j’ai déjà assez perdu de temps et d’énergie comme ça..
Mes premières tentatives ne donnent rien, j’ai l’impression d’être seul au monde.
Et puis, au loin, tout là-haut à droite, je repère une casquette orange fluo, et un t-shirt bleu d’une couleur tout aussi criarde. Allez, c’est à droite, je décide donc de couper en passant par là, ce qui s’apparente plus à de l’escalade qu’autre chose.
Je retrouve le chemin, les gens me regardent bizarrement.. Ben ouais..
Ma petite erreur d’orientation, je la paye cher ; au vu de ma trace GPS  : 1.5kms de rab environ 80 D-+ et 13min dans les dents..

Allez, on se relance, un peu démoralisé il faut bien avouer..
Nous parvenons de nouveau à Frahan, c’est le 3ème ravito, identique au 1er, et nous en sommes à 39kms (moi un peu plus ^^). Je prends mon temps car la suite est ardue, paraît-il..

« The Wall » est là (600m et 150D+), et fait l’objet d’un challenge. Chronomètre au départ puis à l’arrivée, le meilleur temps gagne je ne sais quoi.. Je m’en fiche pas mal, je suis loin de ces considérations et entame donc la montée comme je peux. Le parcours a déjà été emprunté par les 600 coureurs du 24kms + tous ceux du 53kms devant moi, c’est vraiment la galère !
Une fois arrivé là-haut, on n’en a pas fini des réjouissances, parcours très technique et devenu, du fait des conditions météo et des nombreux passages de coureurs, très dangereux. Il faut redoubler de vigilance pour ne pas se briser les os. On n’en est même plus à espérer de ne pas se salir les fesses car les chutes sont incontournables…
Cette succession de montées, descentes, parfois sur des échelles, semble enfin terminée, je suis vraiment épuisé, et je me traîne.
Arrive un moment où, clairement, tu ne penses plus qu’à une chose, en finir au plus vite. Je consulte inlassablement mon GPS dont les kms s’égrènent à faible allure, proportionnellement à ma vitesse de croisière qui doit, à cet endroit, atteindre péniblement les 7km/h

On repasse à côté d’un chevalet repéré plus tôt dans la matinée avec mon père, ça devient donc bon !
Un groupe de coureurs se profilait derrière moi, mais il reste une descente, et j’en suis persuadé, personne ne pourra me reprendre dans une descente. Je file donc tambour-battant dans cet ultime toboggan (oui, cela pouvait s’apparenter à un toboggan !), je glisse à un moment et une crampe s’empare de mon tibia en me faisant hurler de douleur.. Un gars perdu ici me demande si ça va.. Ouais, ouais, juste une crampe. Ca dure 5 secondes mais ça fait bien mal !
La descente est rapidement avalée, je rattrape même mon prédécesseur que j’avais perdu de vue depuis bien longtemps mais qui ne semble pas aussi à l’aise que moi.

Reste un pont à traverser puis il faut remonter jusqu’au château.
J’entends très distinctement mon père s’égosiller pour m’encourager, je suis content et pense immédiatement intérieurement « ouf, il ne doit pas s’être blessé sur ce parcours casse-gueule »
La montée vers le château se profile, je sens bien que le gars devant moi ne veut pas céder sa place, et en même temps, il voudrait que son gamin, qui cavale derrière lui et moi (cf. photo !), passe la ligne d’arrivée avec lui. Mais pas de chance, le gamin n’arrive pas à la rejoindre et il se résigne à s’arrêter pour l’attendre en me cédant sa place.
Je lui dis que je m’en fiche (s’il savait le bougre que je devrais être arrivé depuis un petit quart d’heure…), je n’accélère donc surtout pas et laisse le petit bonhomme rejoindre son père pour qu’ils passent la ligne ensemble, devant moi.

Fin de la course, je retrouve mon papa qui a brillamment bouclé son 24kms en 4h, et Stéphane, organisateur de l’Ardennes Méga Trail, avec qui j’échange quelques mots. Toujours aussi sympa !

Classement final : 73ème – 6h34m40

9 réponses à “La Bouillonnante 2012”

  1. Superbe trail, je remarque que nous avons quasiment fait course ensemble jusqu’au deuxieme ravito et ton erreur de parcours. Je passe en 2h43 ou 45 au ravito, je ne sais plus très bien.
    Sans ca, on ce serait peut-être croisé.

    A une prochaine

    1. Mais vous êtes croisés : au pied de la Rocher du Pendu, autrement après la première difficulté, juste avant le long faux-plat ascendant. C’est à cet endroit que je me suis fait rejoindre par toute la clique des costauds qui partent vite mais ne l’avouent pas: Stany, Seb L., Christophe T., mais aussi Phillippe M., alias Phildefer.

      Bravo pour cette perf, Stany et merci pour ton récit qui m’aura bien fait sourrire, notamment le paragraphe sur l’arrivée avec le gamin.

      Rendez-vous en mai!

  2. Une bien belle aventure quand même : respect et pour le temps et pour la gestion de l’effort ! Bonne chance pour la suite …et le TDS !

  3. Hello,
    Super témoignage. Pour ma part, je ne me suis risqué que sur le 24kms. Pour le moment, j’ai interdiction (de mon épouse) de m’aventurer sur les distances supérieures à celles d’un marathon. Mais comme je suis en train de la convertir, je pense que l’année prochaine, je tenterai bien cette distance.
    Félicitations.
    ian (de Valenciennes).

  4. Encore un superbe récit comme tu as le dont de les faire mais aussi et surtout encore une belle course! Ton classement est à la hauteur de tes capacités, je suis inlassablement fière de toi <3

    Bisous et bravo 🙂

  5. Encore bravo fiston pour ta performance. On se rend bien compte, à ton récit, que ce fut difficile….d’ailleurs tu étais bien, bien fatigué le lendemain encore. Repose toi et ménage toi. Bisous et re-félicitations

  6. put**** t’es con, un croc en jambe au gamin sur la fin, le père s’arrête et tu grignotes une place !
    non, bravo pour ta course et ton fair play final (c’est le père qui parle !)

    1. lol

      Merci à tous mais avec le recul, je suis clairement déçu.
      L’année prochaine, je remets ça, sous le soleil j’espère..

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